Test écrit en octobre 2010

Combat Mission Afghanistan

Bienvenue au paradis ! Par John Kelly

Développeur : Battlefront/Apeiron Games

Editeur : Battlefront/Snowball Studios

Genre : Stratégie temps réel ou tour par tour.

Site officiel : www.battlefront.com

Alors que tout le monde attend impatiemment le prochain opus consacré à la seconde guerre mondiale, CM Normandy, et le module OTAN pour Combat Mission : Shock Force, une équipe de développement russe crée la surprise en sortant un stand-alone consacré à la guerre ayant opposé l’armée Rouge et l’armée gouvernementale afghane aux moudjahidines de 1979 à 1989. Lors de l’annonce de cette sortie, certains joueurs étaient perplexes quant à la qualité du jeu, qu’en est-il vraiment ? Découvrons-le ensemble dans ce test de Combat Mission Afghanistan (CMA).

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Les briefings sont très bien fait.

Petits meurtres entre amis.

Ah, l’Afghanistan, terre de tous les mystères, mêlant déserts brûlants et pics enneigés, plaines rocailleuses et vallées fertiles. Le paradis sur Terre. Le problème récurrent, ce sont les tentatives de prise de pouvoir des uns et des autres. Alexandre le Grand s’y essaya, les Mongols n’y ont pas rasé beaucoup d’herbe puis les britanniques y perdirent plus qu’ils n’y gagnèrent jusqu’à l’indépendance du pays en 1919. Le pays baigna ensuite dans une relative stabilité jusqu’en 1973 où le cousin du roi profita d’une absence du souverain pour organiser un coup d’état. Le nouveau président autoproclamé se fait alors des ennemis et chez les islamistes et chez les communistes afghans, eux aussi soumis à des luttes internes et divisés en deux groupes rivaux. En 1977 les soviétiques réussissent à réunir les deux groupes, ce qui tombe bien car le gouvernement n’est plus crédible auprès du peuple. Un an plus tard tout s’accélère lorsqu’une suite d’évènements conduit à l’exécution du président et de sa famille par les militaires sympathisants du parti communiste local, on parle de révolution d’avril. Le nouveau gouvernement, procommuniste, commence alors à réformer les vieilles institutions, ce qui n’est pas du goût des islamistes. L’Union Soviétique est appelée à la rescousse pour aider à calmer les mécontents. D’abord uniquement économique et financière, l’aide russe est bientôt complétée par l’envoi de conseillers militaires. L’acte final qui mène au conflit ouvert sera la guerre civile de 1979 qui aboutira à l’assassinat du président Taraki. Ne faisant pas confiance au nouvel homme en place (Amin), Moscou profite de la demande d’aide d’Amin et envoie des troupes en décembre 1979. La base aérienne de Bagram constitue le premier point d’entrée et des forces spéciales envahissent le palais présidentiel et assassinent Amin avant de mettre leur marionnette au pouvoir en même temps que la 40e armée soviétique entre en Afghanistan. Bien entendu, les Etats-Unis financent et entraînent déjà les combattants islamistes, les fameux moudjahidines, ce qui aura des conséquences au début des années 2000…

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Le palais du Roi à Kaboul, sur le point d'être assailli par les troupes d'élite russes.

Lord of War.

 Ouf ! C’est dans ce contexte hypra simple que CMA vous propose de mener le combat d’un côté comme de l’autre aux commandes de l’Armée Rouge et de l’armée de la République Démocratique d’Afghanistan d’une part, ou des moudjahidines et des milices tribales de l’autre. Vous pourrez jouer seul ou avec un ami l’un des 14 scénarios proposés, la plupart étant des reconstitutions historiques fidèles d’évènements ayant émaillés le conflit (prise du palais présidentiel par les Spetznaz par exemple), ou tenter l’une des deux campagnes qui représentent les deux grandes étapes de la guerre.

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Des points hauts, des hélicoptères d'attaque, de quoi rejouer Hamburger Hill !

1980, l’invasion retrace les deux premières années d’occupation soviétique et la lutte acharnée contre les « résistants ». Au programme : escorte de convois, embuscades, fouilles de villages ou défense de site durant une douzaine de missions. Autant vous dire que la tâche est ardue, car si l’ennemi est mal équipé (fusils Enfield, FAL, et même de vénérables PPSH de la seconde guerre mondiale !), il est souvent en surnombre et en position de force sur la carte. Le contrôle des crêtes est essentiel et il faut absolument prendre soin du pool d’unités qui fera toute la campagne à vos côtés sous peine de terminer sur les rotules avec des groupes de combat d’un ou deux hommes. Autre facteur important, le nombre croissant d’armes antichar RPG-2 dans les rangs des insurgés représente une menace permanente pour vos véhicules blindés.

1985, les jours sanglants  vous propulse à la tête des opérations ayant eu lieu entre 1985 et fin 1987. Les moudjahidines sont mieux équipés (merci les USA) mais votre rôle est plus offensif. Il faut en effet réduire les poches de résistance et contrecarrer en permanence les mouvements ennemis. Les concentrations de troupes ne sont pas rares et de rudes combats vous attendent au long de la dizaine de missions qui compose cette campagne. Nous avons préféré la première campagne, proposant des objectifs plus intéressants, mais la qualité des cartes et des briefings est la même tout au long du jeu.

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Le contrôle des hauteurs, clé de la victoire.

A l’Ouest, rien de nouveau.

Normal car c’est à l’est que ça se passe, et là pour le coup il va falloir réviser les tactiques de guerre anti-insurrectionnelle, les embuscades et surtout comment tirer parti de votre équipement (ou de l’absence d’équipement).

Bien entendu cette guerre fut une guerre asymétrique, il ne faut donc pas s’attendre à trouver de grandes batailles de chars ou des cartes opposant le même nombre de combattants, l’un ou l’autre des deux camps se retrouvant souvent en sous-nombre.

Ainsi, l’Armée Rouge  dispose d’une formidable puissance de feu, tant par le biais de ses blindés que par l’appui aérien omniprésent (on découvre avec plaisir le Mi-24 Hind et la plupart des jets engagés dans ce conflit) et l’artillerie lourde pouvant créer de vastes zones de suppression. Le joueur soviétique devra éviter le combat à courte distance et profiter des longues lignes de vue apportées par le contrôle des crêtes. Attention aux pertes, surtout en véhicules, le RPG (rocket propelled grenade-encore largement  présent dans les pays du tiers monde),  étant omniprésent. Les groupes de combat ont rarement plus de 5 ou 6 hommes mais la qualité de l’équipement équilibre la donne. Au sol, le soutien de proximité est assuré par des chars de combat T-54, T-55 et T-62, des transports blindés BMP ou BDM et surtout le terrible ZSU 23/4 Shilka, une arme anti-aérienne détournée en appui-feu qui fait des ravages avec ses 4 canons de 23mm. L’armée de la République Démocratique d’Afghanistan possède à peu près les mêmes outils, forces spéciales héliportées et blindés exclus.

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Le ZSU 23/4 et le ZSU 23/2, terriblement efficaces mais grands consommateurs de munitions.

Côté moudjahidine (bleu) l’accent est mis sur le combat rapide, on frappe en nombre lorsque c’est faisable et on se replie en essayant de faire le plus de dégâts possible, on se fond dans la masse, on embusque, on ruse. Bien sûr les escarmouches se soldent souvent par la perte de la plupart des combattants mais le système d’objectifs ne pénalise pas spécialement les pertes côté bleu si le scénario est bien étudié. Le soutien est anecdotique (mortiers légers ou canons de montagne) et l’appui rapproché est composé de 4X4 Toyota armés de canon sans recul ou de mitrailleuses lourdes. L’atout majeur reste le système antichar RPG, omniprésent sur le théâtre et pouvant faire basculer rapidement la balance si le joueur rouge n’est pas prudent.

Si les milices tribales sont formées de groupes de combat hétéroclites, les moudjahidines disposent d’équipes spécialisées (antichar, appui, espions, explosifs déclenchés à distance…) au même titre qu’une armée « régulière », on se rapproche beaucoup des irréguliers de CM : SF.

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Les convois, à protéger à tout prix des attaques ennemies.

Et au milieu coule une rivière.

Techniquement parlant, aucune révolution ne vient perturber le moteur de jeu de CM : SF. On retrouve la même interface ayant fait ses preuves et les textures de terrain déjà connues, auxquelles s’ajoutent des champs de « coquelicots» et de la neige. Beaucoup attendaient un véritable outil d’eau, avec la possibilité d’ajouter des ponts destructibles, il faudra encore patienter quelques mois et la sortie de CM : Normandy, car si une texture d’eau est bien présente, impossible de profiter de la joie que procure la destruction d’un joli pont (sans parler des avantages tactiques !).

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Et toujours pas de vrais ponts...

Les nouvelles unités sont de bonne facture et on trouve déjà bon nombre de mods graphiques pour améliorer le rendu de certains véhicules. La partie sonore quant à elle bénéficie des spécificités liées aux forces en présence et on entend les soldats s’exprimer en russe et en langage local (désolé, nous ne faisons pas encore la différence entre Pachtoune, Dari et Farsi).

Seul un petit bug est venu noircir le tableau, lors de plusieurs tirs alors que les unités étaient derrière un muret, les hommes ont été tués par les ricochets car les soldats tiraient directement dans le mur, embarrassant pour des combattants professionnels…

Enfin, on note l’arrivée d’un nouvel objectif consistant à faire sortir des unités de la carte pour marquer des points, intéressant pour les missions de convoi.

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Certaines cartes sont immenses.

The end.

En résumé, CMA est un bon jeu qui exploite la dernière version du moteur de CM : SF. Pour un peu plus d’une trentaine d’Euros vous pouvez bénéficier d’un stand alone de bonne qualité. Le seul facteur déterminant est votre intérêt pour le conflit évoqué, le soft ayant été conçu par des russes et certainement pour combler les joueurs russes, il est certain que cet opus de Combat Mission est un jeu de niche, cependant la profondeur tactique et les possibilités quasi-infinies de création de scénario en font un incontournable pour les fans du genre. Il est certainement dommage que les briefings des missions ne soient qu’en anglais et que ceux qui n’ont pas CM : SF vont devoir s’accrocher pour lire le manuel, lui aussi rédigé en anglais, mais cela devrait être corrigé sous peu par les membres de la communauté francophone dédiée à Combat Mission (sur www.appui-feu.com). A l’heure où certains studios prennent des risques pour proposer de l’inédit (CF le prochain Theater of War, dédié à la Corée), on aimerait bien que certains en prennent de la graine et nous fassent un joli module français pour CM : SF

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Progression urbaine sans soutien d'infanterie, du suicide.

Note : 8/10

Les plus :

-Moteur de jeu éprouvé.

-Les unités bien réalisées.

-Le Shilka.

-Durée de vie grâce à l’éditeur.

-Campagnes solo intéressantes.

Les moins :

-Toujours pas de ponts.

-Eau anecdotique.

-Briefings et manuel en Anglais uniquement.

-Possibilité de modder CM : SF pour obtenir presque la même chose.

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30 ans plus tard, hélicoptères russes et américains se cotoient en Afghanistan...Et on peut y lire son PC4WAR !