Article publié dans pc4war n36

Combat Mission, le choc des générations ? Par John Kelly

Bientôt deux ans après sa sortie, une palanquée de patches et un module additionnel consacré aux corps des Marines (CF les numéros précédents de PC4WAR pour les détails), Combat Mission : Shock Force (CMSF) a encore du mal à trouver sa communauté en France.

En effet, nombreux sont les joueurs des « anciens » Combat Mission :Beyond Overlord (CMBO), Barbarossa to Berlin(CMBB) et Afrika Korps (CMAK) à ne pas avoir accroché du fait de la période et du lieu choisi pour ce nouvel opus. Ont-ils raison ? Les différences entre ces deux générations sont-elles si importantes pour susciter une telle réaction de rejet chez certains? L'intérêt tactique est-il minimisé à cause du matériel moderne ?  Essayons de répondre à ces questions afin que les derniers irréductibles (et les autres) sachent une bonne fois pour toute à quoi s’en tenir !

1

La modélisation de chaque homme et la gestion des bâtiments redonne vie au combat urbain.

Jamais sans ma seconde guerre !

Il faut avouer que beaucoup de joueurs de CM sont avant tout des passionnés d'Histoire, et plus particulièrement du second conflit mondial. Le fait de pouvoir faire changer le cours des choses durant la bataille de Normandie ou de résister à l'envahisseur Nazi lors de l'opération Barbarossa en juin 1941 est quelque chose qui excite l'esprit et motive la recherche du plan parfait. Certains vont même jusqu'à essayer de recréer les tactiques de l'époque pour mener leur mission à bien, avec un succès plus ou moins marqué selon le talent du joueur et les limitations imposées par le moteur de jeu. Parfois copié mais jamais égalé, CM reste encore aujourd'hui malgré son âge avancé LA référence en tactique tour par tour et l'arrivée du nouveau moteur de jeu en 2007 avec CMSF présage du meilleur pour les amateurs de seconde guerre mondiale, Battlefront prévoyant la sortie de son nouvel Opus CM : WWIIWF(Combat Mission World War Two Western Front, titre encore non officiel vu qu’ils parlent également d’un Combat Mission : Normandy) pour la fin de l'année.

2

3

6

Retour vers le futur, Du M1A1 de CMSF au M4 de CMAK et CMBO...

Goooood morning Syria !

Le choix du théâtre d'opération syrien pour le dernier opus de CM continue de faire des vagues dans la communauté francophone. C'est assez peu étonnant lorsqu'on sait que 95% des scenarii joués sur CMAK n'ont pas le désert pour cadre, les joueurs préférant les vertes contrées (d'où le succès du mod CMAK ETO-european theater of operations, transformant graphiquement le jeu afin de coller au plus près au front ouest). Cependant il est important de souligner que la Syrie est loin d'être un désert plat et stérile ! Il est tout à fait possible de mener des opérations dans des vallées verdoyantes, des zones montagneuses ou en ville. Seule l'absence (pour raisons techniques mais en cours de développement) d'eau, et donc de ponts tels qu'ils existaient avant, pose actuellement encore problème auprès des fans.

La manière d'appréhender le jeu est néanmoins différente. Les doctrines d'emploi des forces et le matériel ayant bien évolué depuis les années 40, il est certain que la façon de jouer DOIT elle aussi évoluer. Les conflits majeurs des années 2000 sont asymétriques au possible, opposant généralement des combattants irréguliers(ou réguliers mais manquant de matériel) à une armée régulière plus puissante (Tchétchénie, Irak après l'invasion, Afghanistan, Côte d'Ivoire ou même Ossetie...). Les tactiques d'emploi des forces ont donc dû être modifiées en concordance avec les besoins du terrain. Les observateurs d'artillerie de la seconde guerre mondiale ont été remplacés par les équipes FAC (forward air controler-controleur aérien avancé) et TACP (tactical air control party-équipe tactique de contrôle aérien avancé), équipées de désignateurs lasers et de télémètres permettant de guider les projectiles « intelligents » (équipés de récepteurs laser ou GPS) au mètre près, parfois même moins... Il n'est ainsi pas rare dans CMSF de voir une bombe larguée par un F-18 ou autre jet se déplaçant à grande vitesse tomber exactement sur sa cible, et cela pardonne rarement lorsqu'on sait qu'un seul chasseur-bombardier moderne peut emporter plus de charge offensive qu'une forteresse volante des années 40. Certains voyaient d'un mauvais œil les aériens dans les anciens CM, il faudra ici s'y résoudre car le principal support du fantassin vient désormais des airs... Les frappes d'artillerie laissent encore une part d'incertitude, surtout du côté syrien : on se croirait presque aux commandes de l'artillerie russe de CMBB ! Il est par contre possible de choisir quel projectile utiliser : anti-personnel, antichar, fumigène ou GP (general purpose-utilisation générale). CMBB (encore lui !) nous proposait déjà des OA pouvant commander des frappes anti-personnelles composées d’obus à fragmentation éclatant en l’air.

5

Comme vous pouvez le constater, l'artillerie syrienne est parfois peu précise... (CMSF)

D'aucun critiquent également la brièveté des combats entre blindés. Il faut bien intégrer que les systèmes de tir des chars moderne ont peu de choses à voir avec leurs équivalents 65 ans plus jeunes ! La où il fallait uniquement le talent d'un équipage (et des optiques de bonne qualité) l'électronique accomplit désormais une grande partie du travail. En gros, un télémètre laser calcule la distance de la cible, puis les variables telles que la température de l'air, la vitesse de déplacement de la cible ou la vitesse du vent sont prises en compte dans l'ordinateur de tir qui ajuste le canon quasi instantanément. On obtient alors une précision proche de 100% alliée à des projectiles très efficaces ne laissant que peu de chance à la cible. Cependant les blindés ne sont pas moins vulnérables qu'avant. La dotation  des fantassins en missiles antichars et l'efficacité de ces armes sont des facteurs suffisants pour qu'on évite d'exposer nos précieux blindés sans réfléchir car même si le blindage n'est pas automatiquement percé, les organes plus fragiles tels que système de tir ou chenilles peuvent être mis hors service, rendant votre mastodonte inutile ! La possibilité offerte de débarquer/embarquer les équipages devient de ce fait un avantage non négligeable dans le cas d'absence d'infanterie amie dans les parages. Admettons que vous arriviez près d'une crête, le risque de prendre un missile même en étant en défilement de tourelle est élevé, vous allez donc faire débarquer votre équipage, le faire ramper jusqu'à la crête pour observer le terrain, puis vous pourrez le faire remonter dans le blindé une fois la situation éclaircie. Cette option sera particulièrement intéressante dans le prochain épisode nous replaçant pendant la seconde guerre mondiale, une telle tactique ayant été utilisée par de nombreux tankistes. 

4

Les observateurs d'artillerie modernes utilisent un matériel dernier cri pour mener leurs missions à bien.

Pour finir c'est l'infanterie qui bénéficie des plus grands changements. Chaque homme est maintenant modélisé sur le terrain là ou avant une section était symbolisée par une à trois « figurines ». La notion de groupe de combat (GDC) est visuellement accentuée, surtout qu'il est possible comme auparavant de séparer un GDC pour constituer un groupe anti-char ou une section d'assaut, c'est particulièrement utile avec les GDC US Marines, composés de 13 hommes. Depuis les derniers patches, la posture des unités influe sur les lignes de tir (LDT) et lignes de vue(LDV) et la disposition de vos hommes est matérialisés sur le terrain lors d'un mouvement par des carrés de couleur, vous pouvez ainsi contrôler le placement de vos GDC avec plus de précision, même si parfois un de vos soldat dépassera de son couvert (d'où l'importance de diviser certains groupes composés de nombreux combattants).Mais globalement la TacAI(intelligence tactique) est très efficace.  La gestion plus aboutie des ordres  permet dorénavant de planifier vos arcs de tir à chaque point de passage, de modifier l'allure de déplacement entre deux positions etc... L'ajout d'une interface similaire à ses aînés (appui sur espace pour avoir le menu des ordres principaux) permet de ne pas être trop perdu dans les onglets d'ordres assez peu intuitifs au départ. Il est à noter également qu’il vous est possible de réassigner vos touches de raccourci en éditant le fichier « hotkeys.txt » contenu dans le répertoire « data » du jeu.

12

11

Les deux interface ont tout de même pas mal de similitudes...

 

Pourquoi s’en passer ?

Fréquentant la communauté francophone depuis bien avant la sortie du dernier opus, votre serviteur à vu s’affronter les pro-CMSF et ses détracteurs (qui n’avaient souvent même pas acheté le jeu, ni joué !), parfois dans des dialogue de sourd pour au final voir les gens au moins essayer le jeu et au final reconnaître que leur jugement avait été un peu hâtif. Certains irréductibles refusent encore farouchement d’essayer un jeu que l’on peut désormais trouver à moins de 10 Euros sur certains sites parce qu’ils ont lu quelque part  que  le jeu était buggé, que le conflit traité était inintéressant, qu’on ne pouvait pas faire de Quick Battle( QB, système permettant en quelques clics de configurer une bataille) à l'ancienne et pour certains, parce qu’ils sont tellement ancrés dans leurs habitudes qu’ils ne veulent pas remettre en cause les tactiques qui marchent pour BO, BB et AK au risque de perdre quelques places au classement des joueurs  francophones mis en place sur le site www.appui-feu.com

 CMSF est désormais pleinement jouable grâce à la réactivité de Battlefront face aux demandes des joueurs (même si certains bugs mineurs subsistent), cela aura mis plus d'un an mais les patches successifs ont rectifié petit à petit les erreurs de jeunesse du nouveau moteur de jeu (cf précédents numéros de PC4WAR). Quant à l'intérêt du conflit, à l'instar des anciens CM, c'est surtout aux créateurs de scenarii qu'il faut s'en prendre. En effet, l'excitation de jouer cinquante fois le même affrontement stéréotypé « US Army contre insurgés armés de lance-pierres » est à peu près égale à celle de jouer une QB « M-10 contre Hetzer » ou « Gebirsgjäger contre section PM russe » dans les opus précédents.

7

Malgré une certaine austérité,l'ancienne représentation des groupes de combat(ici deux gdc russes) reste une référence pour beaucoup de vétérans de CM (CMBB)

Une histoire de scenario…

Vous l’aurez certainement compris, la série des Combat Mission met à notre disposition de fabuleux outils afin de ficeler scenarii et campagnes passionnants, à condition que la communauté qui s’est créée autour de ces jeux fasse preuve de créativité et qu’on ne tombe pas dans la caricature systématique il est donc possible de mettre en scène pratiquement n'importe quel affrontement, et avec les nouvelles possibilités de l'éditeur de CMSF, de faire en sorte que chaque camp ait des objectifs différents, inconnus de l'adversaire ! Occuper une colline, détruire un bâtiment ou protéger une unité en difficulté prend alors le pas sur l'annihilation pure et simple de l'ennemi. Ce type d’objectif peut tout à fait équilibrer une partie qui à première vue ne l’est pas tout en ajoutant une part d'incertitude assez excitante nous obligeant à bien planifier nos mouvements d'une part et à gérer correctement le temps alloué d'autre part. La durée des scenarii est d'ailleurs actuellement sujette à discussion car la possibilité de jouer à CMSF en temps réel modifie grandement la manière de gérer nos précieuses minutes, il faudrait donc en théorie allouer plus de temps à une partie jouée en temps réel qu'à une partie jouée en tour par tour. Cela parait logique étant donné l'impossibilité physique de gérer toutes les unités simultanément en temps réel mais la question ne pourra être résolue qu'après de nombreuses heures de test. Avec un minimum de recherche vous vous apercevrez que beaucoup de concepteurs de scenarii boudent la Syrie pour placer leurs créations en Afghanistan, Irak, Tchétchénie ou même dans les Balkans, aidés en cela par les moddeurs talentueux sévissant sur la toile (cf  PC4WAR 34)

Depuis la sortie de CMBO il y a presque dix ans, nombreux sont les mission-makers qui ont fait parler d'eux au travers de la qualité de leurs créations et les bases de données présentes sur certains sites web (cf encadré) et c'est toujours un plaisir de découvrir certaines perles à faire partager avec nos camarades de jeu, car si CM est plaisant en solo, c'est face à un adversaire humain que l'essence du jeu se dévoile pleinement et que l'on devra déployer tous nos stratagèmes diaboliques afin de remporter la victoire, mais surtout de passer de bons moments.

9

Une telle précision dans les placements et un futur opus orienté seconde guerre, les fans vont être ravis ! Gare aux greandes cependant !

Que faire alors ?

Faut-il abandonner les vénérables CM pour passer à Shock Force ? Peut-on jouer à tous les opus en même temps ? Cet article est-il bientôt terminé ? Dans l’ordre les réponses sont NON, oui et oui… Si le passage à CMSF vous obligera à désapprendre certaines choses et à perdre vos automatismes acquis au fil de nombreuses années de jeu, l'intérêt tactique est bien présent du fait de la diversité de matériel et de situations possible. Vous préparerez en même temps le passage au prochain épisode seconde guerre mondiale que Battlefront développe actuellement, et prévu pour la fin de l’année. La gestion des GDC et véhicules, l’interface d’ordres et la plupart des fonctionnalités présentes actuellement dans CMSF figureront en effet  dans CM : Normandy avec d'autres fonctionnalités qui ne manqueront certainement pas de diviser la communauté. Mais après tout, Battlefront a toujours été à l'écoute des joueurs par l'intermédiaire de leur forum et il suffit de voir l'évolution de l'épisode syrien durant ces vingt derniers mois pour que nous puissions voir l'avenir de Combat Mission sereinement. Le seul bémol concerne la modularité annoncée du futur titre de Battlefront. Cette mutation , amorcée par les modules Marines et Britannique (en test dans ce numéro) de CMSF , fait dépenser en moyenne 40 Euros pour le jeu de base auxquels il faut ajouter une vingtaine d'Euros par module...Il faudrait éviter de prendre le joueur pour une vache à lait en sortant un module par nationalité, région ou type de troupes ( Normandie, puis Ardennes, puis falshirmjäger, volskgrenadiers, Canadiens etc...) alors que rien ne parait justifier une telle politique de développement (à part bien sûr les revenus supplémentaires que cela apporte), attendons de voir avant de nous prononcer... 

En attendant les futurs tests dans ces pages et quel que soit votre opus préféré, bon jeu !

10

Dans CMSF vous pouvez donner une succession d'ordres et combiner postures d'attaque ou de défense.
Ici différentes alures combinées à des arcs de tir couvrant la progression du véhicule.

 

Liens :

www.battlefront.com . Site officiel.

http://cmmods.greenasjade.net des scenarii et des mods graphiques pour les différents épisodes de CM. Le successeur de cmmods.com désormais fermé.

www.the-scenario-depot.com ,comme son nom l’indique, une mine d’or pour les scenarii.

www.appui-feu.com le site francophone des passionnés de Combat Mission. (Eprouve quelques difficultés techniques ces derniers temps).

Quelques lectures intéressantes :

Les cahiers du retex : http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/publications/cahiers_drex/cahier_retex.htm

Mourir pour l'Afghanistan, Jean –Dominique Merchet .

La guerre moderne, Roger Trinquier .

La bataille de France, Jacques Mordal .

Champs de batailles , magazine.

 

Films et séries :

-Band of Brothers (frères d'arme), 2001

-Generation Kill, série 2008

-Over There, série 2006

-Black Hawk Down (La chute du faucon noir), 2001

 

8

Combat Mission accuse le nombre des années mais il est possible de le rendre plus atrayant grace à de nombreux mods graphiques (ici ETO pour CMAK)